Le 18 novembre 2024, Haïti a célébré le 221e anniversaire de la Bataille de Vertières, marquant l’ultime victoire des troupes haïtiennes sur les forces coloniales françaises. Ce jour symbolique, qui représentait jadis la victoire sur l’oppression et le prix de l’indépendance, est aujourd’hui assombri par une réalité tragique : l’insécurité et la violence qui ravagent le pays. En effet, pour la quatrième année consécutive, les festivités se sont déroulées sous la menace des armes. Ainsi, ce jour de mémoire, qui incarnait jadis l’espoir de liberté, est désormais le reflet accablant du déclin de l’État haïtien.
La décision de déplacer la cérémonie officielle à Tabarre, loin du Cap-Haïtien, théâtre de la bataille historique, en dit long sur l’état de dégringolade du pays. Autrefois, symbole de résistance et d’indépendance, Haïti, la première République Noire, est aujourd’hui dominée par les gangs, et l’idéal de Vertières, fondé sur la dignité et l’émancipation, semble un lointain souvenir. En 2021 et 2019, les cérémonies avaient déjà été perturbées par la violence et les affrontements avec les gangs, limitant les festivités. Cependant, cette année, le Conseil Présidentiel de Transition préfère invoquer une menace inexistante plutôt que de restaurer le symbole de Vertières.
Malgré cela, cet héritage, ce cri de liberté, ne doit pas se laisser écraser par le climat de terreur. Au contraire, la commémoration de Vertières doit servir de point de départ à une réflexion collective sur l’avenir. Dès lors, comment renouer avec l’esprit de cette bataille, et ce, dans le respect des valeurs de solidarité et d’unité qui ont forgé l’indépendance du pays ? Aujourd’hui plus que jamais, la société civile haïtienne doit prendre conscience de son pouvoir collectif pour inverser la tendance. En effet, si Vertières a été un modèle de résistance face à l’oppresseur, le pays doit une fois de plus s’unir pour résister à l’anarchie et à la violence. Comme en 1803, l’unité des Haïtiens reste la clé de la survie.
Cependant, les discours de commémoration, aussi importants soient-ils, ne suffisent plus. Il est désormais urgent d’agir. En effet, il est temps que l’esprit de Vertières, ce cri de liberté, ne se contente pas d’un souvenir, mais devienne l’impulsion d’une révolte collective contre l’anarchie et la violence. Ainsi, la reconstruction du pays passera par l’engagement actif et quotidien de tous les citoyens, d’une unité retrouvée et d’un désir profond de rétablir la paix et la justice.