La Bataille de Vertières, victoire décisive du 18 novembre 1803, reste un symbole puissant de la résistance et de la quête de liberté du peuple haïtien. Aujourd’hui, face à la violence et à l’insécurité croissantes, l’esprit de Vertières nous appelle à l’unité et à l’action collective pour surmonter les défis actuels. En effet, cette victoire, bien plus qu’un simple événement passé, est un héritage vivant, un modèle de courage et de résilience qui nous inspire à œuvrer ensemble pour un avenir plus juste et plus sûr, dans lequel chaque Haïtien joue un rôle essentiel dans la construction d’un pays digne de ses ancêtres.
Cependant, la lutte contre les gangs ne peut être efficace si elle repose uniquement sur les forces de l’ordre ; elle nécessite également la participation active des citoyens. Cela est soutenu par plusieurs théories sociales. Par exemple, Anthony Giddens, dans ses travaux sur la résilience des sociétés modernes, montre comment les communautés peuvent se renforcer face à l’insécurité. De même, Mancur Olson, dans The Logic of Collective Action, montre que même lorsque les intérêts individuels sont divergents, les gens peuvent s’unir pour atteindre un objectif commun, comme la lutte contre la criminalité. En outre, Elinor Ostrom, quant à elle, met en avant l’importance de la gestion collective des ressources, un principe qui peut être appliqué à la sécurité des quartiers. Un exemple concret de cette dynamique s’est produit à Pétion-Ville, en Haïti, où la population a fait front commun pour repousser une attaque de gangs, prouvant ainsi que l’engagement communautaire peut changer la donne.
Récemment, le 19 novembre 2024, le quartier de Canapé-Vert à Pétion-Ville a échappé à une tentative d’invasion par l’organisation criminelle « Viv Ansanm », grâce à la collaboration entre les forces de l’ordre et les habitants. Six assaillants ont été capturés, plusieurs ont été tués et des armes lourdes saisies. Bien que les vidéos montrant des actes de justice populaire aient suscité des débats, elles témoignent de la résistance de la communauté face à la violence et à l’impunité. Ainsi, cet événement démontre clairement que la solidarité citoyenne, en collaboration avec les autorités, peut jouer un rôle crucial dans la lutte contre les gangs et restaurer un sentiment de sécurité.
Par ailleurs, le mouvement « Bwa Kale », né en avril 2023, représente une résistance populaire face à l’inefficacité de l’État à protéger les citoyens. Bien qu’il ait temporairement réduit les violences et enlèvements, il a aussi révélé les dangers de la justice populaire et l’importance d’un système judiciaire fonctionnel. Cela montre que ce soulèvement, tout en ayant légitimité, souligne également la nécessité d’une réforme des institutions et d’un retour à l’État de droit.
De plus, le commissaire Jean Ernest Muscadin, figure emblématique dans la lutte contre le banditisme dans les Nippes, incarne la résistance. Bien que ses méthodes directes et parfois controversées lui aient valu des critiques, il reste respecté pour sa détermination à affronter les gangs, montrant ainsi que la ténacité et la solidarité peuvent avoir un impact face à la criminalité.
Cependant, ses actions, bien qu’efficaces, illustrent également l’importance de ne pas s’écarter des principes de la justice. En effet, la réponse à la criminalité ne peut pas reposer uniquement sur la force brute ou la violence populaire, mais doit s’inscrire dans un cadre légal strict, avec des institutions judiciaires capables de traiter les criminels dans le respect des droits humains.
Les exemples de l’affrontement à Pétion-Ville, du mouvement « Bwa Kale » et de l’action du commissaire Muscadin illustrent la résilience des Haïtiens face à l’adversité. Ils montrent que, malgré un État de droit fragile, l’engagement populaire est crucial pour rétablir la sécurité. Cependant, il est nécessaire de réformer le système judiciaire et de renforcer les institutions pour garantir un cadre légal. En définitive, la solution ne réside pas dans la violence, mais dans un retour à l’ordre républicain, transformant la détermination populaire en un mouvement pour un avenir pacifique et prospère.
L’héritage de Vertières n’est pas seulement un souvenir historique, mais un modèle pour l’action présente. Ainsi, en ce jour de commémoration, nous devons nous rappeler que, comme en 1803, la victoire sur l’adversité viendra de l’unité, de la résistance et de la solidarité. Il est donc temps de transformer cette commémoration en un appel à l’action. Ensemble, citoyens et forces de l’ordre, dans un esprit de justice et de dignité, nous pouvons offrir à Haïti l’avenir de paix qu’il mérite, un avenir dans lequel les générations futures pourront célébrer l’esprit de Vertières dans un pays réconcilié et prospère. En conclusion, il est temps de faire la paix et de s’unir contre ceux qui agissent dans l’ombre contre l’intérêt de la nation.