La semaine du 19 au 26 juillet 2025 a été particulièrement dense en événements révélateurs des tensions profondes qui secouent Haïti. Entre violences meurtrières dans l’Artibonite et à Kenscoff, annonces politiques contestées, et efforts institutionnels fragiles, le pays semble englué dans une spirale de crise chronique.
Alors que les autorités multiplient les discours pour tenter de rassurer, les réalités sur le terrain – déplacements massifs de population, insécurité croissante, incertitudes constitutionnelles – traduisent une fracture persistante entre gouvernants et gouvernés. Dans ce climat d’urgence permanente, chaque secteur de la société paraît affecté, de la sécurité à la justice, en passant par les droits sociaux et la souveraineté économique.
Cette synthèse propose une lecture thématique des faits marquants de la semaine, afin d’éclairer les enjeux actuels et les dynamiques profondes qui traversent la société haïtienne.
SÉCURITÉ
Kenscoff ensanglanté : policiers tués et opération policière musclée : Le 21 juillet 2025, plusieurs policiers ont été abattus à Kenscoff par des membres du gang « Viv Ansanm », selon un communiqué de la PNH. L’opération de représailles qui a suivi a permis de neutraliser plusieurs bandits armés. Cette attaque, dans une zone autrefois considérée comme paisible, illustre la propagation incontrôlée des foyers d’insécurité, malgré les moyens logistiques récemment déployés.
Artibonite : 15 000 déplacés, l’État absent : Selon l’OCHA, Environ 14 885 personnes, soit plus de 3 400 familles, ont fui leur domicile après une vague d’attaques armées survenue le 16 juillet 2025 dans les communes de Dessalines et de Verrettes dans le département de l’Artibonite.. Les affrontements entre gangs rivaux, conjugués à l’inaction des autorités, aggravent une crise humanitaire déjà critique. L’Artibonite, grenier du pays, s’enfonce dans une spirale de décomposition sécuritaire aux conséquences alimentaires dramatiques.
Mort du chef terroriste Meyè à Kapenyen :Le redoutable chef du gang « Kokorat San Ras », connu sous le surnom de Meyè, aurait été tué dans la nuit du 18 juillet 2025 lors d’une violente confrontation avec des brigadiers issus de la population locale à Kapenyen, dans le département de l’Artibonite.
GOUVERNANCE
Centre d’appel du CPT : Le 22 juillet, le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) a procédé au lancement d’un centre d’appel administratif, présenté comme un levier vers une gouvernance plus inclusive, selon un communiqué officiel. Conçu pour centraliser les plaintes des citoyens, cet outil ambitionne de rapprocher l’État de sa population. Néanmoins, dans un climat marqué par la défiance envers les institutions, certains analystes y voient davantage un geste symbolique, destiné à redorer l’image du gouvernement face à son incapacité persistante à enrayer la crise.
Pierre Espérance alerte la communauté internationale sur l’échec du CPT : Lors d’une rencontre à Washington le 24 juillet, Pierre Espérance (RNDDH) a dénoncé, auprès de l’OEA et du Département d’État américain, l’incapacité du CPT à garantir la sécurité et organiser des élections crédibles. Ses propos résonnent comme un avertissement fort alors que la transition semble piétiner, sans cap politique clair.
Les évêques haïtiens rejettent la réforme constitutionnelle précipitée : la Conférence épiscopale d’Haïti a exprimé, le 25 juillet, son opposition à une réforme constitutionnelle menée dans la précipitation. Tandis que l’exécutif poursuit sa tournée dispendieuse pour en faire la promotion, le contraste grandissant entre les autorités et les acteurs sociaux met en lumière une fracture démocratique préoccupante.
ÉTAT DE DROIT & JUSTICE
Réforme de l’habeas corpus : controversée dès sa publication : Le ministère de la Justice a salué, le 23 juillet, les avancées liées à l’habeas corpus dans l’avant-projet de Constitution. Pourtant, l’avocat Me Guerby Blaise a exprimé de vives critiques sur le contenu. Ce débat met en lumière des inquiétudes croissantes quant à la protection des libertés fondamentales, dans un contexte marqué par la montée des détentions arbitraires et une défiance accrue envers le système judiciaire.
Guerrier Henry est dans le collimateur de la DCPJ : Le 21 juillet, la Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ) a confirmé une enquête sur les possibles connexions entre l’activiste Guerrier Henry et l’organisation terroriste « Viv Ansanm ». Cette annonce met en lumière les zones grises entre figures publiques et réseaux criminels, et souligne les défis d’une justice indépendante dans un État fragilisé.
SOCIÉTÉ
Déplacés internes relogés dans l’incertitude : Le relogement de plusieurs familles déplacées, effectué par l’État le 23 juillet suscite de vives préoccupations. Bien que présenté par la ministre Florestal comme une opportunité de développement, les bénéficiaires se retrouvent sans titres fonciers ni accès assuré aux services essentiels. Les ONG, de leur côté, dénoncent l’absence d’une stratégie nationale cohérente pour encadrer durablement ces initiatives.
L’UEH récupère les anciens locaux de la FLA après le départ des déplacés
Le 24 juillet, l’Université d’État d’Haïti (UEH) a récupéré ses bâtiments occupés depuis des mois par des déplacés, selon un communiqué. Cette réappropriation marque une reprise partielle des activités universitaires, mais aussi un déplacement du problème vers d’autres zones sans solutions durables.
L’actualité de la semaine révèle une crise profonde et multidimensionnelle : insécurité persistante, institutions discréditées, promesses sans effets concrets. Tandis que l’État multiplie les annonces, la population continue de fuir la violence et de vivre sans garanties. Les rares avancées, souvent isolées, peinent à compenser l’ampleur du découragement collectif. Plus qu’une crise de gouvernance, il s’agit d’un effondrement du lien entre l’État et les citoyens. Donc n’est-il pas juste que poser la question suivante : Haïti peut-elle renaître sans justice, sans mémoire, et sans volonté populaire réelle ?
