Ce 1er mai 2026, plusieurs activités sont annoncées en Haïti : une foire agro-gastro-artisanale organisée dans le cadre du Programme national de cantines scolaires les 1er et 2 mai, une “Foire de la Résistance Agricole & Artisanale” au El Rancho Convention Center, et un salon “Kilti ak Tradisyon” à Laboule 13. Derrière ces stands, ces expositions et ces discours, une question persiste : que célèbre-t-on réellement aujourd’hui ?
Dans ces espaces, on met en valeur les produits locaux, on parle de résilience, on célèbre le savoir-faire haïtien. Pourtant, selon la FAO, Haïti importe plus de la moitié de ce qu’il consomme. L’image d’un renouveau est bien là, mais elle contraste avec une réalité marquée par l’absence de politiques agricoles structurées. Peut-on réellement parler de relance agricole dans ces conditions ?
Pendant que certains visitent ces événements, d’autres ne peuvent même pas circuler librement. En 2025, plus d’un million de déplacés internes ont été recensés par les Nations unies à cause de l’insécurité. Les autorités, comme chaque année, promettent des changements. En 2024, le Conseil présidentiel de transition évoquait relance économique et stabilisation du pays. Deux ans plus tard, ces ambitions peinent à se traduire en actions concrètes.
L’agriculture est célébrée, exposée, valorisée. Mais sur le terrain, les producteurs font face à un manque criant de sécurité, de crédit et d’infrastructures. Pendant ce temps, la diaspora continue de soutenir l’économie avec plus de 4 milliards de dollars de transferts en 2023. Comme le souligne l’économiste Kesner Pharel, la relance économique passe nécessairement par le renforcement de la production nationale. Le peuple, lui, participe, observe, espère… mais attend toujours un changement réel.
Ce 1er mai 2026 donne l’image d’un pays qui se regarde célébrer sans affronter pleinement ses contradictions. La question n’est plus seulement de savoir ce que représente cette journée, mais ce que nous décidons d’en faire. Allons-nous continuer à consommer ces moments comme une pause… ou faire du 1er mai le point de départ d’une exigence collective pour travailler, produire et vivre dignement ?
